Ukraine Russie Bulgarie Croatie Hongrie Pologne Lituanie Lettonie Estonie Moldavie Kazakhstan Kirghizistan Ouzbékistan Tchéquie Slovénie Mongolie Chine Roumanie Slovaquie Biélorussie

Entretien avec Olga Ivanovna Sokolova, historienne de la mode soviétique : la lingerie en URSS entre pénurie et débrouillardise

8 juillet 2026 · 14 min · Camille Vasseur
Olga Ivanovna Sokolova, historienne de la mode soviétique, dans un décor d'archives à Moscou

Olga Ivanovna Sokolova, historienne de la mode à l'Université d'État de Moscou, retrace dans cet entretien l'histoire méconnue de la lingerie féminine en URSS : des usines textiles standardisées aux réseaux de couturières clandestines, en passant par le mythique catalogue Kvant et la libéralisation post-1991.

Rencontrer Olga Ivanovna Sokolova, c’est plonger dans un pan méconnu de l’histoire du quotidien soviétique : celui des dessous féminins, de leur fabrication industrielle standardisée à leur circulation clandestine. Historienne de la mode à l’Université d’État de Moscou, elle consacre depuis quinze ans ses recherches à la culture matérielle du corps en URSS. Nous l’avons interrogée sur cette histoire à la fois intime et politique, qui éclaire d’un jour nouveau notre histoire de la lingerie en Europe de l’Est et prolonge les travaux menés dans notre précédent entretien avec une historienne du textile.

Olga Ivanovna Sokolova Historienne de la mode soviétique, Université d’État de Moscou

Docteure en histoire culturelle, spécialisée dans la culture matérielle et vestimentaire de l’URSS (1945-1991). Auteure de plusieurs travaux universitaires sur la production textile soviétique et les réseaux informels de distribution, elle intervient régulièrement dans des colloques internationaux consacrés à l’histoire du corps féminin en Europe de l’Est.

Introduction : qui est Olga Ivanovna Sokolova

Journaliste : Madame Sokolova, votre parcours de recherche est assez singulier — vous êtes partie de l’histoire économique soviétique pour arriver à un sujet aussi intime que la lingerie. Comment ce cheminement s’est-il fait ?

Olga Sokolova : C’est effectivement un chemin qui peut surprendre au premier abord, mais qui m’a paru très naturel une fois engagé. J’ai commencé mes recherches doctorales sur la planification industrielle textile en URSS — un sujet très aride, essentiellement fait de chiffres de production et de rapports de plans quinquennaux. En dépouillant les archives des combinats textiles de Moscou et d’Ivanovo, j’ai découvert que derrière ces statistiques sèches se cachait une histoire humaine passionnante : celle de millions de femmes confrontées quotidiennement à un choix vestimentaire extrêmement contraint, et qui ont développé des trésors d’ingéniosité pour y échapper.

La lingerie m’est apparue comme un terrain d’étude particulièrement révélateur, parce qu’elle touche à l’intime, à l’invisible, à ce qui échappait en partie au regard normatif de l’État — même si celui-ci tentait, par la production industrielle, de standardiser jusqu’au sous-vêtement. C’est un sujet à la croisée de l’histoire économique, de l’histoire du genre et de l’histoire du corps.

La lingerie en URSS : une industrie standardisée

Journaliste : Concrètement, comment fonctionnait la production de lingerie en URSS ? On imagine souvent une pénurie totale, mais la réalité semble plus nuancée.

Olga Sokolova : La réalité est effectivement plus nuancée, mais pas moins problématique. Il existait bel et bien une industrie de la lingerie, organisée autour de grands combinats textiles publics — je pense notamment aux usines de la région d’Ivanovo, surnommée « la ville des femmes » en raison de la concentration de main-d’œuvre féminine dans le textile. La production suivait les plans quinquennaux, avec des quotas fixés en amont, souvent déconnectés des besoins réels de la population.

Le problème central n’était pas tant l’absence totale de production que son uniformité écrasante. On produisait quelques modèles standardisés — le soutien-gorge classique en coton, la culotte fonctionnelle — dans une gamme de tailles souvent mal ajustée aux morphologies réelles, avec deux ou trois coloris disponibles selon les années : blanc, beige, parfois un rose pâle. Voici un aperçu synthétique de cette production standardisée :

PériodeCaractéristiques principalesDisponibilité
Années 1950-1960Modèles utilitaires, coton épais, peu de finitionsFaible, files d’attente fréquentes
Années 1970Introduction timide de l’élasthanne, légère diversificationMoyenne, disparités régionales fortes
Années 1980Tentatives de modernisation, influence des importations RDAVariable, marché noir très actif

La qualité elle-même variait énormément selon les usines. Certaines fabriques de Léningrad ou de la Baltique produisaient un travail relativement soigné, tandis que d’autres combinats, notamment en Asie centrale, orientaient leurs priorités de production ailleurs — vers le coton brut destiné à l’exportation plutôt que vers la confection fine.

Le mythe du catalogue Kvant

Journaliste : Vous évoquez souvent dans vos travaux ce que vous appelez « le mythe Kvant ». Pouvez-vous nous expliquer ce que recouvre cette référence ?

Olga Sokolova : Kvant est devenu, dans la mémoire collective post-soviétique, un objet quasi mythologique. Il ne s’agissait pas d’un véritable catalogue de vente par correspondance tel qu’on pourrait l’imaginer en Occident — la réalité était plus fragmentaire, plus informelle. C’était davantage un ensemble de publications illustrées, parfois importées, parfois recopiées à la main ou photocopiées clandestinement, qui montraient des silhouettes et des modèles inaccessibles dans le commerce officiel.

Ce que je trouve fascinant, en tant qu’historienne, c’est la façon dont cet objet — ou plutôt cette catégorie d’objets — a cristallisé tout un imaginaire de désir et de frustration esthétique. Plusieurs de mes informatrices, aujourd’hui âgées de soixante-dix à quatre-vingts ans, se souviennent avec une précision étonnante d’avoir feuilleté ce type de document chez une voisine ou une collègue, presque religieusement, comme on consulterait un objet précieux et légèrement transgressif.

Portrait d'historienne de la mode dans une bibliothèque d'archives à Moscou, ambiance feutrée et documentaire
Olga Sokolova consulte régulièrement les archives des combinats textiles soviétiques pour ses recherches sur la culture matérielle du corps

« On ne l’achetait pas, on ne le possédait pas vraiment — on le regardait, on en discutait, on essayait de reproduire ce qu’on y voyait avec les moyens du bord. C’était un objet de rêve plus qu’un objet de consommation. » — témoignage recueilli auprès d’une ancienne couturière de Moscou, 78 ans.

Le marché noir et les couturières clandestines

Journaliste : Comment les femmes contournaient-elles concrètement cette pénurie de choix ? Vous parlez de plusieurs circuits parallèles dans vos recherches.

Olga Sokolova : J’identifie généralement trois circuits principaux, souvent combinés par une même personne selon les opportunités.

Le premier est la spekuliatsiya, le marché noir organisé autour de la revente de biens rares, importés ou détournés des circuits de distribution officiels. C’était un délit passible de poursuites pénales, mais dans les faits, une tolérance relative existait tant que l’ampleur des transactions restait modeste et discrète.

Le deuxième circuit, sans doute le plus riche du point de vue de l’histoire créative, est celui des couturières à domicile. Ces femmes reproduisaient des modèles aperçus dans des magazines étrangers, ou inventaient leurs propres patrons à partir de croquis mémorisés, souvent avec un tissu apporté par la cliente elle-même faute de matière première disponible en boutique. Ce savoir-faire informel, transmis de mère en fille ou entre voisines, constitue une véritable économie parallèle de la couture.

Le troisième circuit est celui de l’importation depuis les pays « frères » jugés plus raffinés en matière de confection :

  • La République démocratique allemande : réputée pour une lingerie de meilleure qualité de finition, importée en quantités limitées via des réseaux officiels et officieux.
  • La Pologne : particulièrement prisée pour ses dentelles et ses broderies, avec une réputation de savoir-faire textile plus ancien.
  • La Tchécoslovaquie : appréciée pour ses matières synthétiques de meilleure tenue que la production locale.
Le saviez-vous ? Les femmes voyageant à l'étranger dans le cadre de missions officielles rapportaient souvent, en quantités discrètes, des pièces de lingerie qu'elles revendaient ensuite à leur entourage proche — une pratique documentée dans plusieurs mémoires et témoignages oraux de l'époque.

La lingerie importée : Allemagne de l’Est et Pologne

Journaliste : Vous mentionnez la Pologne et la RDA comme sources d’importation privilégiées. Pourquoi ces deux pays en particulier avaient-ils cette réputation au sein du bloc soviétique ?

Olga Sokolova : La réputation de ces deux pays tenait à des raisons à la fois économiques et culturelles. La RDA disposait d’un secteur textile plus intégré aux standards de qualité occidentaux, hérité en partie de traditions industrielles antérieures à la partition de l’Allemagne. Certaines usines est-allemandes conservaient des méthodes de production plus proches de celles de l’Allemagne de l’Ouest, avec un souci de finition supérieur à celui des combinats soviétiques standards.

La Pologne, pour sa part, bénéficiait d’un tissu artisanal de dentelle et de broderie particulièrement vivace, notamment dans les régions du sud, qui n’avait jamais complètement disparu sous la planification économique. Cette tradition textile plus ancienne se retrouvait, de façon diffuse, dans la qualité perçue des produits polonais, y compris dans la lingerie produite semi-industriellement.

Il faut aussi noter un facteur psychologique important : ces produits importés bénéficiaient d’un prestige lié à leur origine « étrangère », même relative, dans un contexte où tout ce qui provenait de l’extérieur du système soviétique strict portait une aura de qualité supérieure — parfois à raison, parfois davantage par contraste symbolique avec la grisaille perçue de la production locale.

Reconstitution d'un intérieur soviétique des années 1970 avec éléments textiles d'époque, ambiance domestique feutrée
Un intérieur évocateur de l'URSS des années 1970-1980, où se jouait discrètement une part de la vie intime des femmes soviétiques

1991 : le choc de l’ouverture économique

Journaliste : La chute de l’URSS en 1991 a-t-elle été vécue comme une libération immédiate sur ce plan-là, ou la réalité fut-elle plus complexe ?

Olga Sokolova : La réalité fut résolument plus complexe, et c’est un point sur lequel j’insiste beaucoup dans mes travaux, parce que la mémoire populaire a tendance à simplifier cette période en un récit linéaire de libération. Les premières années post-soviétiques ont effectivement apporté une ouverture spectaculaire : arrivée massive de marques occidentales, multiplication des points de vente informels, sentiment d’abondance après des décennies de pénurie organisée.

Mais cette libéralisation économique s’est accompagnée d’une hyperinflation dévastatrice qui a rendu ces nouveaux produits totalement inaccessibles à une large partie de la population pendant plusieurs années. On assistait à un paradoxe cruel : les vitrines se remplissaient de choix, mais le pouvoir d’achat s’effondrait au même rythme. Beaucoup de femmes que j’ai interviewées se souviennent de cette période comme d’un moment de frustration presque plus aigu que la pénurie soviétique elle-même — voir sans pouvoir acheter.

Sur le plan industriel, les usines textiles d’État, structurellement incapables de rivaliser avec les importations et confrontées à l’effondrement des commandes publiques, ont fermé en cascade au cours des années 1990. Ce phénomène a provoqué un chômage massif dans un secteur qui employait très majoritairement des femmes, avec des conséquences sociales importantes dans les villes textiles comme Ivanovo — une trajectoire économique qui rejoint, par ailleurs, celle documentée dans notre guide sur le lexique des fibres textiles utilisées en lingerie, où l’on retrouve la même standardisation des matières premières sous l’ère soviétique.

L’héritage soviétique dans la mode contemporaine

Journaliste : Observez-vous aujourd’hui des traces, directes ou indirectes, de cet héritage soviétique dans la création contemporaine de lingerie en Russie et en Asie centrale ?

Olga Sokolova : Oui, de façon assez fascinante, sous deux formes distinctes. La première est une nostalgie esthétique assumée chez certains créateurs contemporains, qui revisitent délibérément les codes visuels de l’ère soviétique — coupes géométriques, palettes de couleurs sourdes, références graphiques à l’imagerie industrielle — mais sur un mode ironique, décoratif ou décalé plutôt que fonctionnel. C’est une esthétique qui parle davantage à une génération née après 1991, pour qui cet héritage relève de la curiosité historique plus que du souvenir vécu.

La seconde forme, plus profonde à mon sens, est une valorisation croissante du savoir-faire artisanal qui fonctionne presque comme une réponse en miroir à la standardisation industrielle de l’époque soviétique. On observe, notamment chez les créatrices contemporaines d’Asie centrale travaillant l’héritage textile soviétique, une volonté de renouer avec des techniques de broderie, de coupe individualisée et de personnalisation qui avaient été largement écrasées par les décennies de production uniformisée. C’est presque comme si toute une génération de créatrices cherchait, par leur pratique artisanale, à réparer symboliquement ce que l’uniformisation industrielle avait supprimé.

Le corps féminin et le regard de l’État soviétique

Journaliste : Au-delà de l’aspect purement matériel, votre recherche touche aussi à la question du regard porté sur le corps féminin par l’idéologie officielle. Comment articuler ces deux dimensions ?

Olga Sokolova : C’est une question centrale de mes travaux, et elle rejoint des problématiques que j’ai eu l’occasion de discuter avec des collègues travaillant sur la perception du corps féminin à travers différentes cultures, notamment lors d’un précédent entretien mené avec un anthropologue spécialiste des cultures slaves sur ce même site.

L’idéologie soviétique officielle promouvait un idéal de la femme travailleuse, robuste, désexualisée dans l’espace public — l’ouvrière du kolkhoze, l’ingénieure, la mère exemplaire. Ce discours officiel se heurtait pourtant à une réalité intime bien plus complexe : les femmes continuaient, dans la sphère privée, à cultiver un rapport à la séduction et à l’esthétique corporelle, mais celui-ci devait rester largement invisible, cantonné à l’espace domestique et à l’intimité du couple.

Cette tension entre le discours public désexualisant et la persistance d’un désir intime de beauté et de séduction est, à mon sens, l’une des clés pour comprendre pourquoi la lingerie occupait une place symbolique si forte malgré sa rareté matérielle. Elle représentait un espace de résistance douce, presque silencieuse, à l’uniformisation du corps voulue par l’idéologie.

Cette question du soin du corps et de son inscription dans une histoire plus large mérite d’ailleurs d’être pensée en lien avec la santé et le corps féminin à travers l’histoire, une thématique que je trouve complémentaire de mes propres recherches historiques.

Transmission intergénérationnelle et mémoire du quotidien

Journaliste : Un dernier mot sur la méthode : comment recueillez-vous ces témoignages, et que révèlent-ils sur la transmission de cette mémoire entre générations ?

Olga Sokolova : Je travaille essentiellement par entretiens oraux approfondis, souvent menés en plusieurs sessions avec la même informatrice pour laisser émerger les souvenirs les plus intimes, qui ne surgissent pas toujours immédiatement. Ce travail de mémoire orale est précieux parce que ces expériences n’ont, par définition, laissé que très peu de traces écrites ou d’archives officielles — on ne consigne pas dans un rapport administratif la façon dont on se procurait un soutien-gorge convenable en 1975.

Trois recommandations pour qui souhaite explorer ce type de mémoire familiale
  • Interroger les grands-mères et arrière-grand-mères sur leurs objets du quotidien, pas seulement sur les grands événements historiques
  • Conserver les rares photographies ou objets textiles familiaux, souvent négligés car jugés « sans importance »
  • Documenter les techniques de couture transmises oralement avant qu'elles ne disparaissent avec la génération qui les détient

Ce que je constate systématiquement, c’est que cette transmission passe rarement par un récit explicite et structuré — elle se glisse plutôt dans des anecdotes, des gestes, des objets conservés presque par accident. C’est un sujet qui rejoint d’ailleurs des questions plus larges sur la transmission culturelle entre générations, au-delà du seul contexte soviétique. Recueillir cette mémoire aujourd’hui, tant que les dernières témoins directes de cette époque sont encore vivantes, me semble une urgence historique autant qu’humaine.

En résumé

Ce qu'il faut retenir de cet entretien
  • La lingerie en URSS était produite industriellement, mais dans une uniformité de modèles et de tailles extrême
  • Le « mythe Kvant » symbolise la frustration esthétique et le désir de choix inaccessible sous le régime soviétique
  • Trois circuits parallèles permettaient de contourner la pénurie : marché noir, couturières à domicile, importations informelles depuis la RDA et la Pologne
  • La chute de l'URSS en 1991 a apporté un choc contradictoire : abondance de choix mais hyperinflation qui a limité l'accès réel
  • L'héritage soviétique se retrouve aujourd'hui dans une nostalgie esthétique décorative et, plus profondément, dans une valorisation de l'artisanat en réaction à l'ère industrielle

Camille Vasseur est rédactrice pour lingerie-secretdamour.fr, spécialisée dans l’histoire textile et le patrimoine de la lingerie en Europe de l’Est. Elle s’intéresse aux liens entre culture matérielle, mémoire intime et transformations sociales.

Questions fréquentes

Oui, mais une industrie très particulière. L'État soviétique organisait la production de sous-vêtements féminins à travers de grands combinats textiles publics, avec des plans quinquennaux fixant des quotas de production. La variété était extrêmement limitée : quelques modèles standardisés, deux ou trois coloris, des tailles souvent mal ajustées aux morphologies réelles. La qualité variait énormément selon les usines et les régions — certaines fabriques de Léningrad ou de Riga produisaient un travail plus soigné que les combinats d'Asie centrale, où les priorités de production allaient ailleurs.
Kvant n'était pas à proprement parler un catalogue de vente par correspondance comme on l'entend en Occident, mais une référence culturelle qui synthétise tout un imaginaire : celui des rares publications illustrées circulant sous le manteau, montrant des silhouettes occidentales inaccessibles. Le terme est devenu, dans la mémoire collective post-soviétique, un symbole de la frustration esthétique et du désir de choix qui n'existait pas officiellement. Beaucoup de mes informatrices se souviennent avoir feuilleté ce type de document chez une voisine, comme on consulterait un objet précieux et interdit.
Par trois canaux principaux, souvent combinés. D'abord la spekuliatsiya, le marché noir organisé autour de la revente de biens importés ou détournés des circuits officiels — un délit passible de poursuites, mais toléré dans une certaine mesure tant que l'ampleur restait modeste. Ensuite les couturières à domicile, des femmes qui reproduisaient des modèles vus dans des magazines étrangers ou inventaient leurs propres patrons, souvent avec un tissu apporté par la cliente elle-même. Enfin les réseaux d'importation informelle depuis les pays du bloc de l'Est jugés plus raffinés, notamment la République démocratique allemande et la Pologne.
Un basculement brutal et à double tranchant. D'un côté, l'ouverture aux marques occidentales et l'arrivée massive de produits importés ont créé un sentiment de libération et d'abondance inédite. De l'autre, cette libéralisation économique s'est accompagnée d'une hyperinflation qui a rendu ces nouveaux produits inaccessibles à une large partie de la population pendant plusieurs années. Les usines textiles d'État, incapables de rivaliser avec les importations, ont fermé en cascade, provoquant un chômage massif dans un secteur qui employait majoritairement des femmes.
De façon indirecte mais réelle. On observe chez certains créateurs contemporains une forme de nostalgie esthétique assumée, qui revisite les codes visuels de l'ère soviétique de manière ironique ou décorative. Plus profondément, il existe une valorisation croissante du savoir-faire artisanal en réaction directe à la standardisation industrielle de l'époque — comme si toute une génération de créatrices cherchait à réparer, par la broderie et la coupe individualisée, ce que l'uniformisation avait supprimé pendant des décennies.