Interview : Dr. Isabelle Fontaine, sexologue, sur la lingerie et l'épanouissement intime après 50 ans
À 50 ans et au-delà, le corps change, les priorités évoluent — et la lingerie avec elles. Dr. Isabelle Fontaine, sexologue et thérapeute de couple à Bordeaux, accompagne depuis vingt-deux ans des femmes dans leur rapport à l'intime. Elle partage avec nous son regard clinique et humain sur ce que la lingerie représente après la cinquantaine : non pas un luxe superflu, mais un outil puissant d'estime de soi, de désir et de connexion à son corps.
Rencontrer le Dr. Isabelle Fontaine dans son cabinet bordelais, c’est entrer dans un espace où les questions les plus intimes trouvent leur place naturellement, sans jugement ni tabou. Sexologue et thérapeute de couple depuis vingt-deux ans, elle reçoit chaque semaine des femmes de tous âges qui cherchent à mieux comprendre leur rapport au corps, au désir et à la séduction. Nous l’avons interrogée sur un sujet qui revient de plus en plus souvent dans ses consultations : le rôle de la lingerie dans l’épanouissement intime après 50 ans. Pour les femmes qui souhaitent renouer avec leur lingerie, notre guide d’entretien et de soin de la lingerie fine accompagne les premiers gestes pratiques.
Dr. Isabelle Fontaine Sexologue et thérapeute de couple certifiée, cabinet « Éros & Logos », Bordeaux
Docteure en psychologie clinique spécialisée en sexologie (Bordeaux II, 2001), Isabelle Fontaine exerce en cabinet libéral depuis 22 ans. Auteure de plusieurs articles dans Psychologies Magazine, elle intervient régulièrement dans des conférences sur l’épanouissement intime après 50 ans.
La lingerie en consultation après 50 ans
Journaliste : Dr. Fontaine, vous accompagnez des femmes de toutes générations, mais votre patientèle après 50 ans semble avoir une place particulière dans votre pratique. Comment la lingerie revient-elle dans vos consultations ? Est-ce un sujet que vos patientes abordent spontanément, ou faut-il que vous le soulevez ?
Dr. Fontaine : La lingerie arrive rarement comme sujet principal lors d’une première consultation — mais elle surgit naturellement dans le fil des séances, souvent par une phrase anodine : « Je ne mets plus que des sous-vêtements pratiques maintenant », ou « J’ai tout jeté après la ménopause, je ne voyais plus l’intérêt ». Ces petites phrases sont des indicateurs précieux. Elles révèlent comment une femme s’est repositionnée vis-à-vis de son propre corps : est-ce qu’elle s’y sent encore à sa place ? Est-ce qu’elle se perçoit encore comme un être désirable et désirant ?
Dans ma pratique, j’utilise parfois ce que j’appelle « l’inventaire du tiroir à lingerie » — je demande à mes patientes de décrire ce qu’elles y trouvent aujourd’hui et ce qu’elles y trouvaient il y a quinze ou vingt ans. La comparaison est souvent saisissante et ouvre des conversations très riches sur l’estime de soi, le regard que l’on porte sur son corps vieillissant, et les croyances limitantes qu’on a intégrées sans s’en rendre compte. La lingerie est un révélateur, presque un test projectif du rapport à soi.
Les effets physiologiques de la ménopause sur la lingerie
Journaliste : Au-delà du psychologique, la ménopause induit des changements corporels très concrets. En quoi ces transformations physiologiques modifient-elles réellement les besoins en lingerie ? Parlez-nous de ce que voient vos patientes et ce que la science confirme.
Dr. Fontaine : Les changements sont multiples et je pense qu’il est important de les nommer clairement, parce que les comprendre permet de faire des choix éclairés plutôt que de subir.
Premièrement, la peau. Sous l’effet de la chute des œstrogènes, la peau devient plus fine, moins élastique, parfois plus sèche. Les coutures qui passaient inaperçues à 35 ans deviennent irritantes voire douloureuses. Les bords d’élastiques qui marquaient un peu peuvent maintenant laisser des traces profondes. La sensibilité cutanée augmente, ce qui change radicalement les critères de choix des matières.
Deuxièmement, la morphologie de la poitrine évolue. Le tissu glandulaire est progressivement remplacé par du tissu adipeux, ce qui modifie la forme, le volume et le positionnement du sein. Beaucoup de femmes ont besoin de changer de taille de bonnet — parfois vers le haut, parfois vers le bas — et surtout de revoir la forme du bonnet qui leur convient. Les armatures deviennent plus problématiques pour certaines, mais pas pour toutes.
Troisièmement, la thermorégulation. Les bouffées de chaleur sont l’un des symptômes les plus connus de la ménopause, et elles ont un impact direct sur le choix de la lingerie. Une matière synthétique qui retient la chaleur devient rapidement insupportable. Il faut des fibres qui respirent, qui évacuent l’humidité.
Quatrièmement, il y a des changements au niveau de la muqueuse vaginale — la sécheresse vulvaire — qui rendent certaines coupes de culotte inconfortables, notamment les modèles très ajustés ou avec des coutures centrales. Ces aspects sont souvent tabous, mais les connaître aide vraiment à choisir une lingerie adaptée et confortable.
Lingerie et estime de soi après la ménopause
Journaliste : Vous parlez d’estime de soi. Comment la lingerie peut-elle concrètement contribuer à l’image qu’une femme a d’elle-même après 50 ans ? Est-ce que vous observez des effets mesurables dans votre cabinet ?
Dr. Fontaine : Oui, et c’est l’un des aspects les plus fascinants de mon travail. La lingerie agit sur ce que les psychologues appellent l’embodiment — l’incarnation, le fait d’habiter son corps de façon consciente et positive. Quand une femme choisit une pièce de lingerie qui lui plaît vraiment, qui lui va bien, qui est dans une matière qu’elle aime toucher, elle envoie à son cerveau un signal de soin envers elle-même. Et ce signal a des effets concrets sur l’humeur, la confiance et le désir.
Ce n’est pas une question de séduction pour l’autre — je le répète souvent à mes patientes, parce que beaucoup pensent que la lingerie n’a de sens qu’en présence d’un partenaire. C’est une erreur. La lingerie, c’est d’abord une relation avec son propre corps, un espace de soin personnel qui dit : « Je mérite d’être bien habillée, y compris là où personne ne me voit. »
Les effets que j’observe : les femmes qui reprennent une relation positive avec leur lingerie rapportent généralement une amélioration de leur confiance générale. Certaines décrivent un changement dans leur posture physique — elles se tiennent différemment. D’autres notent un retour du désir, ou simplement un sentiment de continuité avec la femme qu’elles étaient avant la ménopause. Ce n’est pas magique, et ce n’est qu’un élément parmi d’autres dans un travail plus global — mais c’est un levier réel et accessible.
Les erreurs fréquentes à éviter
Journaliste : Avec vingt-deux ans de pratique, vous avez certainement identifié des erreurs récurrentes que font les femmes de 50 ans et plus dans leurs choix de lingerie. Quelles sont-elles ?
Dr. Fontaine : Il y en a plusieurs, et elles se répartissent en deux catégories opposées.
La première catégorie, c’est ce que j’appelle « le déni du temps » : continuer à s’habiller exactement comme à 30 ans, avec les mêmes tailles, les mêmes coupes, les mêmes matières — même si le corps a changé et que ces pièces ne sont plus confortables ni flatteuses. Le corps d’une femme de 55 ans mérite d’être habillé pour ce qu’il est aujourd’hui, pas pour ce qu’il était il y a vingt ans. Ce n’est pas une capitulation — c’est du respect.
La deuxième catégorie, c’est l’abandon pur et simple : « Je suis trop vieille pour ça. » Cette phrase me navre à chaque fois que je l’entends. Elle révèle une croyance profondément ancrée selon laquelle la séduction et l’esthétique intime auraient une date de péremption. Ce n’est pas vrai, et aucune donnée clinique ou sexologique ne le confirme.
Une erreur plus technique, mais très courante : ne jamais se faire mesurer. Les tailles changent avec les grossesses, les variations de poids, la ménopause. Des études montrent que la majorité des femmes portent un soutien-gorge qui ne correspond pas à leurs mesures actuelles — souvent trop grand en tour de dos et trop petit en bonnet. Un soutien-gorge mal ajusté ne soutient pas correctement, ce qui crée de l’inconfort et peut accentuer les douleurs dorsales.
Enfin, il y a l’erreur de la fonctionnalité exclusive : ne choisir sa lingerie que pour ce qu’elle fait (maintien, discrétion sous les vêtements) en oubliant totalement ce qu’elle procure comme plaisir sensoriel et esthétique. Les deux ne sont pas incompatibles.
En résumé, les quatre erreurs les plus fréquentes que j’observe en consultation :
- Le déni du temps : porter les mêmes tailles et coupes qu’à 30 ans malgré un corps qui a changé.
- L’abandon : renoncer à toute lingerie soignée en se persuadant qu’on serait « trop vieille ».
- L’absence de mesure : ne jamais refaire mesurer son tour de dos et son bonnet après une grossesse, une variation de poids ou la ménopause.
- La fonctionnalité exclusive : ne choisir que pour le maintien, en oubliant le plaisir sensoriel et esthétique.
Lingerie et dynamique de couple
Journaliste : En thérapie de couple, la lingerie est-elle un levier réel pour raviver la dynamique intime, ou est-ce une idée reçue véhiculée par la publicité ?
Dr. Fontaine : C’est une question que j’adore parce qu’elle force à sortir des clichés dans les deux sens. Non, la lingerie n’est pas un remède miracle qui relance instantanément un couple en difficulté. Mais oui, elle peut être un outil symbolique et sensoriel puissant — à condition de comprendre comment elle fonctionne vraiment.
Ce qui rend la lingerie efficace dans une dynamique de couple, ce n’est pas la pièce elle-même, c’est l’intention qu’elle porte. Choisir une lingerie avec soin, la porter pour soi d’abord, créer une rupture dans la routine du quotidien — ces gestes envoient un signal au partenaire : « Je suis encore ici, je suis encore disponible au désir, je prends soin de cette partie de nous. » Et ce signal peut être très fort.
Dans mes séances de couple, j’encourage parfois ce que j’appelle des « rituels de transition » — des gestes qui permettent de passer du mode fonctionnel du quotidien (travail, logistique, enfants devenus adultes mais encore présents dans les têtes) à un espace de disponibilité intime. La lingerie peut faire partie de ces rituels, au même titre qu’un bain partagé, un repas aux chandelles ou une soirée sans écran.
Il est important de noter que la lingerie doit être choisie pour soi avant d’être choisie pour l’autre. Quand une femme porte une pièce qui lui plaît vraiment, qui la met à l’aise dans son corps, cette énergie est perceptible — bien plus que si elle porte quelque chose choisi uniquement pour plaire à un partenaire mais dans lequel elle ne se sent pas à son aise.
Confort et séduction : une fausse opposition
Journaliste : On entend souvent que passé 50 ans, il faudrait « choisir le confort ». Est-ce vraiment une alternative exclusive à la séduction, ou pensez-vous que les deux peuvent coexister ?
Dr. Fontaine : C’est une fausse dichotomie, et je le dis avec beaucoup de conviction parce que cette idée fait beaucoup de mal aux femmes. Elle les force à choisir entre être bien dans leur peau ou être séduisantes — comme si les deux étaient incompatibles après un certain âge. C’est faux.
La séduction authentique passe toujours, d’abord, par le fait de se sentir bien. Une femme qui porte une lingerie inconfortable, qui doit constamment se rajuster, qui a les bords d’élastique qui la coupent — cette femme ne rayonne pas, quelle que soit la beauté objective de la pièce. Inversement, une femme qui porte une lingerie confortable, dans laquelle elle se sent belle et alignée avec elle-même, dégage quelque chose que l’on ressent immédiatement.
Les marques européennes — françaises, italiennes, polonaises, tchèques — ont compris cette dynamique bien avant les grandes chaînes internationales. Elles travaillent des matières nobles et douces, des coupes qui soutiennent et valorisent sans contraindre, des détails esthétiques qui font plaisir à regarder sans sacrifier le confort. Notre sélection des 15 meilleures marques de lingerie européennes indépendantes présente les créateurs qui incarnent cette philosophie. C’est tout à fait possible de trouver des pièces qui sont simultanément belles, bien ajustées, dans des matières douces pour la peau, et qui procurent un vrai plaisir à porter.
La clé, c’est d’abandonner l’idée qu’une lingerie doit être inconfortable pour être séduisante. C’est un archaïsme qui appartient à une autre époque.
Les matières à privilégier pour les peaux sensibles
Journaliste : Concrètement, quelles matières recommandez-vous à vos patientes dont la peau est devenue plus sensible après la ménopause ?
Dr. Fontaine : Ma liste de matières recommandées est assez précise, et je la partage régulièrement avec mes patientes parce que c’est vraiment un point pratique qui change les choses au quotidien.
En tête de liste : la soie naturelle. C’est la reine des matières pour les peaux sensibles et pour les femmes qui ont des bouffées de chaleur. La soie est thermorégulatrice de façon naturelle — elle garde au frais quand il fait chaud et légèrement au chaud quand il fait froid. Elle est incroyablement douce, hypoallergénique, et elle glisse sur la peau sans frottement. Le seul inconvénient est le prix et l’entretien, mais pour des pièces portées régulièrement, l’investissement se justifie entièrement.
Le coton biologique est une excellente alternative plus abordable. Respirant, hypoallergénique, doux, il convient à la grande majorité des peaux. Attention toutefois : choisir du coton biologique certifié, pas du coton conventionnel traité avec des pesticides qui peuvent irriter les peaux sensibles.
Le modal — fibre de hêtre — est devenu l’un de mes recommandés préférés pour son toucher exceptionnel. Il est plus doux que le coton, stable au lavage, et conserve sa douceur dans le temps. Beaucoup de marques de lingerie premium l’utilisent.
Le bambou est remarquable pour ses propriétés antibactériennes et sa capacité à absorber l’humidité. Idéal pour les femmes qui transpirent beaucoup.
Ce que j’évite : le polyester pur, le nylon non traité, les matières synthétiques qui retiennent la chaleur et l’humidité. Ces fibres peuvent aggraver les bouffées de chaleur et créer des irritations cutanées. Pour décoder les étiquettes de composition, notre lexique des 30 fibres textiles de la lingerie est une ressource pratique que je recommande à mes patientes.
Un dernier conseil technique : regarder non seulement la matière principale, mais aussi celle des bords et des coutures. Des bords en dentelle rigide sur une peau sensible, c’est problématique même si le reste de la pièce est en soie.
Pour s’y retrouver rapidement, voici mon aide-mémoire des matières, du plus au moins recommandé pour une peau sensible après la ménopause :
| Matière | Atout principal | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Soie naturelle | Thermorégulatrice, hypoallergénique, glisse sans frottement | Prix élevé, entretien délicat |
| Modal (fibre de hêtre) | Toucher très doux, stable au lavage | Moins respirant que le coton pur |
| Coton biologique | Respirant, hypoallergénique, abordable | Choisir un coton certifié bio, pas conventionnel |
| Bambou | Antibactérien, absorbe bien l’humidité | Moins soyeux au toucher que la soie |
| Polyester / nylon non traité | — | Retient la chaleur et l’humidité, à éviter |
Conseil du Dr. Fontaine
Ne jugez pas une pièce uniquement sur sa matière principale : vérifiez aussi les bords et les coutures. Une dentelle rigide sur les bords peut irriter une peau sensible même si le tissu central est en soie.
Les différences culturelles dans le rapport à la lingerie après 50 ans
Journaliste : Vous avez des patientes de divers horizons culturels. Observez-vous des différences dans la façon d’aborder la lingerie et la séduction après 50 ans selon les cultures ? Comment se positionnent les femmes françaises, italiennes ou est-européennes ?
Dr. Fontaine : C’est une observation passionnante, et effectivement les différences sont réelles, même si je dois rester prudente pour éviter les généralisations.
Les femmes françaises ont un rapport à la lingerie qui est culturellement très chargé — la lingerie fait partie de l’identité féminine française depuis des générations, associée à une certaine idée de la féminité élégante et discrète. Mais paradoxalement, j’observe que beaucoup de femmes françaises après 50 ans ont intégré l’idée qu’elles devraient « se mettre en retrait » — comme si la société leur envoyait le signal qu’elles ont passé l’âge de la séduction visible. Il y a un conflit entre l’héritage culturel de la lingerie française et les injonctions d’effacement liées à l’âge.
Les femmes d’Europe de l’Est — polonaises, tchèques, russes, ukrainiennes — que je rencontre ont souvent un rapport différent. Il y a dans ces cultures une valorisation très forte de la féminité à tous les âges, une tradition de soin apporté à l’apparence comme marque de respect envers soi et envers les autres. J’observe chez elles moins de culpabilité à se permettre de la lingerie belle après 50 ans — c’est culturellement plus naturel.
Les femmes italiennes partagent une vision assez proche : la bella figura, le soin apporté à sa présentation, est une valeur culturelle qui ne disparaît pas avec l’âge. Se faire plaisir avec de la lingerie de qualité après 50 ans, c’est un acte naturel, pas un acte de résistance.
Ce contraste me fait réfléchir sur les injonctions culturelles implicites que nous intériorisons sans nous en rendre compte. Beaucoup de travail en thérapie consiste précisément à identifier ces injonctions et à décider consciemment lesquelles on choisit de garder ou de questionner.
Vision européenne vs vision américaine ou asiatique
Journaliste : Et si l’on élargit la perspective à l’international — quelle différence voyez-vous entre l’approche européenne de la séduction intime après 50 ans et ce qui se pratique en Amérique du Nord ou en Asie ?
Dr. Fontaine : La différence la plus marquante entre l’Europe et l’Amérique du Nord, c’est le rapport au corps vieillissant lui-même. En Amérique du Nord, et particulièrement aux États-Unis, il y a une pression très forte autour de la jeunesse éternelle — ce qui se traduit dans la lingerie par une esthétique qui valorise avant tout la jeunesse des formes. Les grandes chaînes américaines ont longtemps proposé une lingerie ultra-sexualisée pensée pour un corps de vingt ans, et les femmes de 50 ans se retrouvaient face à une offre inadaptée ou à des collections « confort » totalement dépourvues d’esthétique.
L’Europe, notamment la France, l’Italie et les pays d’Europe centrale, a une tradition différente : la lingerie est conçue pour le corps réel, à tous les âges. On trouve des pièces belles et bien coupées pour des morphologies adultes, pas seulement pour des corps de jeunes filles. C’est une différence philosophique profonde.
En Asie — et je pense notamment au Japon — le rapport à la lingerie est très différent encore. Il y a une culture du soin extrême apporté aux dessous, considérés comme une extension du soin de soi, avec des matières et des finitions remarquables. Mais l’érotisme visible y est moins central — la séduction passe par d’autres codes. Cette approche du soin pour soi, indépendamment du regard de l’autre, est quelque chose dont nous avons beaucoup à apprendre en Occident.
Ce que les femmes de 50 ans devraient se permettre davantage
Journaliste : Si vous pouviez donner une seule permission à vos patientes de 50 ans et plus, une chose qu’elles ne se permettent pas encore mais qu’elles devraient se permettre, quelle serait-elle ?
Dr. Fontaine : La permission d’être désirantes. Pas seulement désirables — désirantes. C’est-à-dire : avoir des envies, les assumer, les explorer, sans s’excuser.
La société envoie encore des messages très puissants qui associent le désir féminin à la jeunesse. Une femme de 55 ans qui exprime des désirs intimes, qui se montre curieuse de ses propres sensations, qui investit dans sa vie érotique — cela dérange encore, cela surprend. Et ce regard extérieur finit par être intégré comme une auto-censure.
Dans le cadre de la lingerie spécifiquement : se permettre d’acheter une pièce qui fait envie, qui est belle, qui n’est pas « utile » au sens fonctionnel du terme. Se permettre d’essayer quelque chose de différent de ce qu’on a toujours porté. Se permettre de prendre plaisir à se regarder dans le miroir, sans chercher à corriger mentalement l’image pour la rapprocher d’un idéal de 30 ans. Le corps de 55 ans a une beauté propre, une présence, une densité d’expérience — et la lingerie peut contribuer à célébrer ça plutôt que de le camoufler.
La lingerie pour relancer le désir dans un couple de longue date
Journaliste : Dans vos séances de thérapie de couple, comment la lingerie s’inscrit-elle concrètement dans le travail de relance du désir ? Avez-vous des exemples de dynamiques que vous observez ?
Dr. Fontaine : La lingerie peut jouer un rôle remarquable dans la relance du désir, mais il faut comprendre le mécanisme pour ne pas en avoir des attentes déçues. Ce n’est pas la lingerie en elle-même qui change les choses — c’est ce qu’elle représente et la façon dont elle s’inscrit dans un ensemble de changements de posture.
Je travaille beaucoup avec des couples qui ont entre 15 et 30 ans de vie commune. Le désir s’est souvent assoupi non pas parce qu’il a disparu, mais parce que la routine a progressivement éliminé les espaces où il pouvait s’exprimer. La lingerie peut contribuer à recréer ces espaces — à condition qu’elle soit accompagnée d’une intention consciente.
J’encourage souvent les femmes à explorer la sexualité consciente et le slow sex comme pratiques d’épanouissement après 60 ans — des approches qui mettent l’accent sur la présence, la sensorialité et la connexion plutôt que sur la performance. La lingerie s’inscrit très bien dans cette philosophie : elle invite à ralentir, à prendre soin de soi, à créer un espace de soin de la relation intime.
Dans les couples où la communication fonctionne, j’observe que la lingerie devient parfois un langage. Non pas un langage explicite — « ce soir je veux », ce serait trop littéral — mais un signal subtil de disponibilité et d’intention. Ce langage doit être appris et partagé à deux, ce qui implique de la communication, des conversations peut-être un peu inhabituelles au début, mais qui finissent par enrichir profondément la dynamique du couple.
Des conseils concrets pour se réconcilier avec sa lingerie
Journaliste : Pour les femmes qui souhaitent renouer avec une lingerie qui leur plaît vraiment, par où recommandez-vous de commencer concrètement ?
Dr. Fontaine : Je propose souvent ce que j’appelle « la démarche des petits pas sensoriels ». L’idée est de commencer par l’expérience sensorielle plutôt que par l’esthétique — parce que c’est moins intimidant et souvent plus révélateur.
Première étape : se faire mesurer. Chez une vraie vendeuse lingerie, pas en essayant de déchiffrer un tableau de tailles en ligne. Connaître ses vraies mesures est un point de départ indispensable pour faire des choix adaptés. C’est souvent une révélation — beaucoup de femmes découvrent qu’elles portent une taille complètement différente de celle qu’elles croyaient.
Deuxième étape : choisir une seule pièce en commençant par la matière. Aller dans un magasin, toucher les tissus, trouver ce qui procure du plaisir au toucher. Pas ce qui est le plus sexy visuellement, mais ce qui donne envie d’être porté. Ensuite seulement regarder si la coupe plaît aussi.
Troisième étape : porter cette pièce pour soi, dans des moments ordinaires de la vie quotidienne — pas pour une occasion spéciale. Remarquer l’effet que cela produit. Est-ce qu’on se sent un peu différente ? Un peu plus présente à soi-même ?
Quatrièmement : progresser à son rythme. Il n’y a aucune obligation de résultats immédiats. Certaines femmes retrouvent rapidement du plaisir dans ce rapport à la lingerie. Pour d’autres, c’est un travail plus progressif, qui s’accompagne parfois d’un travail thérapeutique plus profond sur le rapport au corps et au désir. Les deux chemins sont valides.
Diversité corporelle et inclusion
Journaliste : Un mot sur la diversité corporelle — les femmes de 50 ans et plus ne correspondent pas toutes aux standards traditionnels de la lingerie. Comment les marques évoluent-elles sur ce point, et quel regard portez-vous sur ces évolutions ?
Dr. Fontaine : Les évolutions sont réelles et je m’en réjouis profondément, même si le chemin est encore long. Pendant des décennies, la lingerie a été pensée et présentée pour un corps normatif jeune et mince — ce qui excluait de facto la majorité des femmes réelles.
Ce que j’observe aujourd’hui, et qui me touche particulièrement, c’est l’émergence d’une lingerie qui célèbre toutes les morphologies, y compris les corps qui ont vieilli, qui portent les marques de la vie — des grossesses, des fluctuations de poids, des chirurgies parfois. C’est absolument fondamental pour que la lingerie devienne véritablement un outil d’estime de soi et non une source de comparaison douloureuse.
En thérapie, j’accompagne régulièrement des femmes qui ont abandonné la lingerie après des changements corporels importants — une mastectomie, une prise de poids, des vergetures. La question de la diversité corporelle et la lingerie grande taille est une question de santé psychologique autant que de mode. Se voir représentée, trouver des pièces adaptées à son corps réel — cela a un impact direct sur l’estime de soi et sur la façon de se vivre comme femme désirable et désirante.
Les marques européennes sont en avance sur ce sujet par rapport aux grandes chaînes internationales. Il existe aujourd’hui d’excellentes collections pensées pour des corps adultes, avec des coupes adaptées aux seins moins fermes, aux morphologies plus rondes, aux peaux qui ont besoin de douceur. Encourager ces marques par nos achats, c’est aussi contribuer à changer les standards.
Le message pour celles qui pensent que la lingerie n’est plus pour elles
Journaliste : Il y a des femmes qui lisent cet entretien en se disant : « C’est intéressant, mais ce n’est plus pour moi. » Qu’est-ce que vous leur diriez directement ?
Dr. Fontaine : Je leur dirais : cette pensée elle-même mérite d’être examinée. D’où vient-elle ? Qui vous a dit — et quand — que la lingerie, la séduction, le désir, l’attention portée à votre corps intime avaient une date de péremption ? Parce que ce n’est pas une vérité biologique. C’est une construction culturelle, et les constructions culturelles peuvent être questionnées et déconstruites.
J’ai accompagné des femmes de 70, 75 ans qui redécouvraient le plaisir d’une lingerie qui leur plaît. Des femmes qui n’avaient plus acheté de lingerie depuis vingt ans et qui, à l’occasion d’un travail thérapeutique sur leur rapport au corps et au désir, ont retrouvé cette dimension d’elles-mêmes. La surprise sur leurs visages quand elles réalisent que ce plaisir était toujours là, accessible, n’attendant que d’être invité — c’est l’un des moments les plus beaux de mon travail.
Il n’y a pas d’âge limite au soin de soi. Il n’y a pas d’âge limite au désir. Il n’y a pas d’âge limite à vouloir se sentir belle dans ses vêtements, y compris ceux que l’on est la seule à voir. Si cette idée résonne en vous et que vous avez envie de l’explorer mais que vous ne savez pas par où commencer, c’est exactement le type de travail que l’on peut aborder en thérapie — seule ou en couple.
Impliquer le partenaire : comment parler lingerie à deux
Journaliste : Dernier point — pour les couples qui souhaitent aborder ce sujet ensemble, comment engager cette conversation sans que cela devienne maladroit ou source de malentendus ?
Dr. Fontaine : C’est une excellente question pour finir, parce que l’aspect relationnel est souvent ce qui bloque le plus. La conversation sur la lingerie et la séduction dans un couple de longue date peut être intimidante — il y a la peur de ne pas être compris, la peur du jugement, parfois des douleurs anciennes liées à des commentaires maladroits sur le corps.
Ma recommandation première : commencer par exprimer ce que l’on ressent pour soi-même, pas ce que l’on attend de l’autre. « J’ai envie de me réconcilier avec ma lingerie, de me faire plaisir de ce côté-là » est une invitation beaucoup plus ouverte que « Est-ce que tu me trouves encore séduisante ? » La première phrase parle de soi, la seconde place l’autre dans une position inconfortable de juge.
Pour les partenaires : la meilleure façon d’aborder le sujet est de s’intéresser à ce que sa compagne aime, plutôt que d’exprimer des préférences. « Qu’est-ce qui te ferait plaisir ? Qu’est-ce que tu aimerais essayer ? » plutôt que « J’aimerais que tu portes… ». L’objectif n’est pas de satisfaire un fantasme — c’est de créer un espace où les deux partenaires se sentent libres d’explorer. Pour approfondir cette dimension relationnelle, les rituels d’intimité de couple et le rôle de la lingerie dans ces rituels constituent une lecture complémentaire intéressante. Les ressources sur la communication intime dans le couple offrent aussi des outils pratiques pour amorcer ces conversations de façon douce et productive.
Si la conversation directe vous semble trop difficile, une séance de thérapie de couple peut offrir un espace sécurisé pour aborder ces sujets. La question de la lingerie est souvent une porte d’entrée vers des conversations plus profondes sur le désir, la séduction, et ce que l’on a envie de vivre ensemble dans cette nouvelle phase de la vie.
La cinquantaine n’est pas la fin de la vie intime — pour beaucoup de couples, c’est le début d’une phase où, libérés des contraintes de la parentalité active et d’une certaine pression sociale, ils peuvent enfin explorer leur intimité avec plus de liberté et de maturité. La lingerie peut être une belle invitation à entrer dans ce territoire avec curiosité et bienveillance.
Camille Vasseur est rédactrice pour lingerie-secretdamour.fr, spécialisée dans les questions d’estime de soi, de féminité et de lingerie européenne. Elle s’intéresse aux transitions du corps féminin à chaque étape de la vie et leur impact sur le rapport à la lingerie.