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Interview : Claire Morel, sage-femme, répond à vos questions sur la lingerie de grossesse

24 juin 2026 · 14 min · Camille Vasseur
Claire Morel, sage-femme à Lyon, dans son cabinet de consultation périnatal

Claire Morel exerce depuis quinze ans comme sage-femme libérale à Lyon, au cœur du quartier de la Part-Dieu. Spécialisée dans le suivi périnatal personnalisé, elle accompagne chaque jour des femmes dans les transformations physiques et émotionnelles de la grossesse et du post-partum. Nous l'avons rencontrée pour parler d'un sujet qu'elle aborde quotidiennement avec ses patientes : la lingerie.

Claire Morel reçoit ses patientes dans son cabinet lyonnais du quartier de la Part-Dieu depuis quinze ans. Sage-femme libérale passionnée par le suivi périnatal individualisé, elle a développé une approche globale qui intègre le confort corporel à chaque étape de la grossesse. Parmi les sujets qu’elle aborde le plus souvent en consultation, la lingerie occupe une place centrale — bien plus que la plupart des femmes ne l’imaginent. Nous l’avons rencontrée pour qu’elle réponde, sans détour et avec toute son expertise clinique, aux questions que se posent les futures mamans sur la lingerie de maternité et d’allaitement.

Claire Morel Sage-femme libérale, cabinet « Naissance & Bien-être », Lyon 3e

Diplômée de l’École de sages-femmes de Lyon en 2009, Claire Morel a accompagné plus de 1 200 naissances en quinze ans de pratique. Son cabinet est spécialisé dans le suivi périnatal individualisé et la préparation à la naissance.


La lingerie, un sujet trop rarement abordé en consultation

Journaliste : La lingerie est un sujet que l’on n’associe pas spontanément à une consultation de sage-femme. Est-ce que vos patientes abordent facilement ce sujet avec vous, ou faut-il systématiquement l’initier vous-même ?

Claire Morel : C’est une excellente question pour commencer, parce qu’elle touche à quelque chose de profond : la difficulté que beaucoup de femmes ont à parler de leur corps intime, même à une professionnelle de santé. Dans ma pratique, je dirais qu’une patiente sur dix soulève spontanément la question de la lingerie. Les neuf autres attendent que je l’aborde — ou ne l’abordent jamais. Pourtant, le sujet est capital. Une lingerie inadaptée pendant la grossesse peut provoquer des douleurs dorsales, des irritations cutanées, des compressions mammaires qui favorisent les mastites, ou encore des problèmes circulatoires aux membres inférieurs. Ce ne sont pas des désagréments anecdotiques : ce sont des complications réelles que je vois en consultation. J’ai donc pris l’habitude d’intégrer systématiquement un point « lingerie » dès la première consultation du deuxième trimestre, quand le corps commence à se transformer de manière visible. Je pose des questions ouvertes : est-ce que votre soutien-gorge habituel vous semble toujours confortable ? Avez-vous des marques sur la peau le soir ? Est-ce que votre culotte vous semble trop serrée sur le ventre ? Ces questions simples ouvrent des conversations importantes et permettent de prévenir bien des problèmes.


Journaliste : À partir de quel moment de la grossesse conseillez-vous à vos patientes de changer de soutien-gorge ? Est-ce qu’il existe des signaux d’alerte qui doivent déclencher ce changement ?

Claire Morel : Il n’y a pas de règle universelle, parce que les corps sont tous différents, mais on observe des grandes tendances cliniques. La poitrine commence à évoluer dès les premières semaines de grossesse sous l’effet de la progestérone et des œstrogènes : elle devient plus volumineuse, plus dense, parfois douloureuse au toucher. Pour certaines femmes, ce changement est perceptible dès la 6e ou la 8e semaine. Pour d’autres, il survient plus tard, vers le 4e ou 5e mois. Je conseille généralement à mes patientes de se mesurer à la maternité ou chez une lingère spécialisée vers la fin du premier trimestre — autour de la 12e à 14e semaine. C’est souvent à ce moment-là qu’un premier changement de taille s’impose. Puis un second ajustement est souvent nécessaire vers le 7e ou 8e mois, quand la cage thoracique elle-même se dilate pour laisser de la place aux poumons comprimés par l’utérus qui monte. Les signaux d’alerte, eux, sont assez clairs :

  • des marques rouges ou violacées laissées par les bretelles ou le tour de cage après quelques heures de port ;
  • une douleur diffuse à la poitrine en fin de journée ;
  • une sensation d’oppression ou de serrement ;
  • des bonnets qui débordent.

Dès qu’un seul de ces signes apparaît, c’est qu’il est temps de changer. Attendre « que ça passe » est une erreur fréquente qui peut aggraver l’inconfort et, dans certains cas, contribuer à des problèmes d’allaitement plus tard.


Armatures, matières et changements de taille pendant la grossesse

Journaliste : Les soutiens-gorge à armatures sont un sujet de débat. Certaines marques affirment que leurs armatures sont compatibles avec la grossesse. Quelle est votre position clinique sur ce point ?

Claire Morel : Ma position est claire et fondée sur quinze ans d’observations : les armatures sont à déconseiller pendant la grossesse, et ce pour plusieurs raisons physiologiques très concrètes. Premièrement, les armatures sont rigides et calculées pour une poitrine d’une certaine forme et d’un certain volume. Or, pendant la grossesse, la poitrine change non seulement de taille mais aussi de forme — les glandes mammaires se développent, le tissu glandulaire remplace le tissu adipeux, la base de la poitrine s’élargit. Une armature qui correspond à votre morphologie au début de la grossesse sera quasi certainement inadaptée quelques semaines plus tard. Deuxièmement, les armatures peuvent exercer une pression sur les canaux galactophores, ces petits conduits qui transporteront le lait maternel vers le mamelon. Cette compression répétée peut favoriser des mastites — des infections du sein — pendant l’allaitement. Ce lien n’est pas prouvé de manière absolue, mais il est cliniquement observé suffisamment souvent pour que la précaution s’impose. Troisièmement, la peau des seins est plus sensible pendant la grossesse à cause des modifications hormonales, et les armatures peuvent créer des irritations et des frottements douloureux. Je comprends que certaines femmes trouvent les soutiens-gorge sans armatures moins esthétiques ou moins soutenants. Mais aujourd’hui, les collections de maternité proposent des modèles sans armatures avec d’excellents systèmes de maintien : bonnets profonds, bandes élastiques larges sous le sein, bretelles larges et réglables. Il n’y a aucune raison de compromettre son confort et sa santé par attachement à l’armature.


Notes de consultation prénatale et carnet de grossesse sur bureau de sage-femme, ambiance cabinet médical
La consultation prénatale : l'espace privilégié pour aborder les questions pratiques de lingerie avec sa sage-femme

Journaliste : Quelles matières recommandez-vous en priorité pour la lingerie de grossesse ? Le coton bio, le bambou, le modal, la soie — comment choisir parmi toutes ces options ?

Claire Morel : Toutes ces matières naturelles ont leurs mérites, et le choix dépend beaucoup du profil de la patiente et de la saison. Laissez-moi détailler chacune. Le coton bio est ma recommandation de base, celle que je cite en premier à toutes mes patientes. Il est hypoallergénique, respirant, facile à laver à haute température — ce qui est important pendant la grossesse et l’allaitement —, et ne contient aucun résidu de pesticide contrairement au coton conventionnel. Pendant la grossesse, la peau est plus réactive aux substances chimiques, donc opter pour du coton certifié GOTS est une vraie précaution. Le bambou est une matière que j’apprécie beaucoup pour ses propriétés antibactériennes naturelles et thermorégulatrices. Une femme enceinte transpire davantage à cause de l’accélération du métabolisme, et la lingerie en bambou reste fraîche et sèche plus longtemps. Elle est aussi très douce, avec un toucher proche de la soie, ce qui est appréciable pour une poitrine hypersensible. Le modal, qui est une fibre cellulosique issue du bois de hêtre, allie la légèreté à l’élasticité naturelle. Les pièces en modal suivent bien les changements de volume sans perdre leur forme, ce qui est précieux à une période où le corps évolue chaque semaine. La soie, enfin, est une matière exceptionnelle pour la peau — naturellement régulatrice en température, douce, non irritante. Mais elle est fragile, difficile à entretenir et peu étirable. Je la réserve plutôt aux pièces de nuit légères ou aux culottes dans les tout premiers mois, quand la silhouette n’a pas encore trop changé. Pour en savoir plus sur les propriétés de chaque fibre, notre lexique des 30 fibres textiles de la lingerie est une ressource très pratique.

Pour résumer mes recommandations selon la matière :

MatièrePoints fortsUsage conseillé
Coton bio (certifié GOTS)Hypoallergénique, respirant, lavable à haute températureRecommandation de base, toute la grossesse
BambouAntibactérien, thermorégulateur, très douxFemmes qui transpirent davantage, poitrine hypersensible
ModalLéger, élastique, suit les changements de volumePièces portées quotidiennement sur plusieurs mois
SoieRégulatrice en température, douce, non irritanteNuisettes légères ou culottes en tout début de grossesse

Soutien-gorge de grossesse ou d’allaitement : bien choisir et préparer son trousseau

Journaliste : Quelle est la différence fondamentale entre un soutien-gorge de grossesse et un soutien-gorge d’allaitement ? Est-ce qu’on peut se contenter d’un seul type pour les deux périodes ?

Claire Morel : La question est très pertinente et souvent mal comprise, même par les futures mamans les plus informées. Le soutien-gorge de grossesse est conçu pour s’adapter aux changements de volume et de forme de la poitrine pendant les neuf mois de gestation. Il est sans armatures, avec des bonnets extensibles ou ajustables, une bande élastique large sous le sein pour un maintien sans compression, et des bretelles larges pour répartir le poids. Il peut aussi proposer une doublure en tissu épais pour masquer l’aspect des mamelons qui deviennent plus saillants pendant la grossesse. Le soutien-gorge d’allaitement partage toutes ces caractéristiques, avec une fonctionnalité supplémentaire : les bonnets s’ouvrent pour permettre l’accès au sein pendant les tétées. Cette ouverture peut se faire via un clip sur la bretelle, un rabat de bonnet, ou un système d’agrafe avant. Certains modèles combinent les deux fonctions : ils sont portables dès la grossesse grâce à leurs bonnets extensibles et deviennent pleinement fonctionnels après la naissance grâce aux ouvertures d’allaitement. C’est la solution que je recommande le plus souvent pour des raisons pratiques et économiques. Une patiente peut ainsi investir dans deux ou trois bons soutiens-gorge d’allaitement de qualité vers le 7e ou 8e mois, qui lui serviront jusqu’à la fin de la grossesse et pendant toute la période d’allaitement. C’est plus rentable que d’acheter des soutiens-gorge de grossesse pour ensuite devoir tout renouveler.


Journaliste : Comment conseillez-vous vos patientes pour préparer leur trousseau de lingerie avant l’accouchement ? Qu’est-ce qui est vraiment indispensable ?

Claire Morel : Je recommande de préparer ce trousseau vers le 7e mois, pas avant — parce qu’acheter trop tôt risque de ne plus correspondre à la morphologie du terme. Voici ce que je considère indispensable. Deux ou trois soutiens-gorge d’allaitement sans armatures, achetés dans une taille au-dessus de celle du 7e mois — la poitrine monte encore d’un bonnet environ entre le 7e mois et la montée de lait post-partum. Un soutien-gorge de nuit en coton très souple, sans structure, pour les premières nuits à la maternité et le retour à la maison. Cinq à six culottes de grossesse dites « hipster » ou taille haute, en coton, qui passent sous le ventre ou l’enveloppent confortablement selon les préférences. Des coussinets d’allaitement lavables si l’allaitement est envisagé — pour anticiper les fuites de colostrum qui commencent parfois avant l’accouchement. Et enfin, si la femme a des douleurs pelviennes ou lombaires, une ceinture de soutien du ventre. Pour le post-partum immédiat, je recommande d’emporter à la maternité des culottes filet jetables ou des culottes de menstruation en coton — la plupart des maternités en fournissent, mais avoir les siennes est plus confortable. Je déconseille formellement d’emporter des lingeries fines ou esthétiques à la maternité : la priorité est au confort et à la praticité absolus, surtout si l’accouchement a lieu par césarienne.

Checklist du trousseau (vers le 7e mois)

  • 2 à 3 soutiens-gorge d'allaitement sans armatures, une taille au-dessus
  • 1 soutien-gorge de nuit en coton souple, sans structure
  • 5 à 6 culottes de grossesse en coton (hipster ou taille haute)
  • Coussinets d'allaitement lavables si allaitement envisagé
  • Une ceinture de soutien du ventre en cas de douleurs pelviennes ou lombaires
  • Culottes filet jetables ou de menstruation en coton pour la maternité

Lingerie sans coutures et évolution de la poitrine

Journaliste : La lingerie sans coutures fait beaucoup parler d’elle depuis quelques années. Est-ce réellement plus confortable pendant la grossesse, ou s’agit-il surtout d’un argument marketing ?

Claire Morel : Je peux vous dire avec assurance que ce n’est pas un argument marketing vide de sens — la différence est réelle et cliniquement perceptible, même si elle dépend beaucoup de la morphologie de chaque femme. Pendant la grossesse, la peau est plus sensible et plus réactive aux frottements. Les coutures, en particulier celles qui longent le bord des bonnets ou les coutures centrales des culottes, peuvent créer des irritations là où elles n’en créaient pas avant la grossesse. La lingerie sans coutures élimine ces points de friction, ce qui est particulièrement apprécié pour les culottes portées toute la journée et les soutiens-gorge de nuit. La technologie derrière ces pièces a beaucoup évolué : on utilise aujourd’hui des microfibres très extensibles, tissées de manière à former la pièce sans surjet ni couture apparente, ce qui donne un rendu très propre et très confortable au port. Ces tissus ont aussi l’avantage de s’adapter aux changements de volume progressifs, ce qui prolonge la durée de vie de la pièce. Je relativise cependant sur un point : « sans coutures » ne signifie pas automatiquement « en matière naturelle ». Beaucoup de pièces sans coutures sont en microfibre synthétique, ce qui les rend moins respirantes que le coton ou le bambou. Il faut donc chercher la combinaison idéale : sans coutures ET en matière naturelle ou traitée pour la respirabilité. Des marques comme la lingerie polonaise et les marques d’Europe de l’Est proposent d’ailleurs des collections maternité sans coutures en fibres naturelles qui répondent précisément à ces deux critères.


Journaliste : Comment évolue concrètement la taille de poitrine pendant la grossesse, puis après l’accouchement ? Les femmes s’y préparent-elles suffisamment ?

Claire Morel : Non, elles s’y préparent rarement suffisamment, et c’est souvent une source de surprise et d’inconfort évitable. La réalité physiologique est la suivante. Au premier trimestre, sous l’effet de la progestérone, les glandes mammaires commencent à se développer et la poitrine gonfle. Ce changement peut être modeste — un demi-bonnet — ou très important — deux bonnets complets — selon les femmes et selon si c’est une première grossesse ou non. Au cours des deuxième et troisième trimestres, le volume continue d’augmenter graduellement, mais c’est surtout le tour de cage qui change : la cage thoracique s’élargit pour permettre aux poumons de fonctionner malgré l’utérus qui monte. Une femme qui portait un 90B en dehors de la grossesse peut se retrouver en 95C ou 100D au terme. Puis, dans les deux à quatre jours après l’accouchement, survient la montée de lait. Là, la transformation est parfois spectaculaire et douloureuse : la poitrine peut augmenter de deux à trois bonnets en quelques heures. Les seins deviennent tendus, chauds, lourds. Un soutien-gorge d’allaitement bien ajusté est à ce moment-là une nécessité médicale, pas un luxe. Après la période d’allaitement, la poitrine évolue encore : elle peut revenir à son volume d’avant grossesse, mais souvent avec une forme légèrement différente — moins ferme, avec une base plus large. Ces transformations successives signifient qu’une femme peut avoir besoin de trois ou quatre tailles de soutien-gorge différentes entre le début de la grossesse et la fin de l’allaitement. Je le dis clairement à mes patientes pour qu’elles ne s’en inquiètent pas : c’est normal et temporaire.


Erreurs fréquentes et conseils sur la culotte de grossesse

Journaliste : Qu’est-ce qui vous préoccupe le plus dans les choix de lingerie que vous observez chez vos patientes ? Y a-t-il des erreurs particulièrement courantes ?

Claire Morel : La première erreur que j’observe — et de loin la plus fréquente — est de continuer à porter sa lingerie habituelle beaucoup trop longtemps. J’ai des patientes qui arrivent à leur consultation du 6e mois avec un soutien-gorge à armatures de leur taille d’avant grossesse, des marques profondes sur les épaules et sous la poitrine, et qui me disent « ça va, je m’y suis habituée ». S’habituer à l’inconfort n’est pas une solution : c’est une forme de déni qui peut avoir des conséquences réelles sur la santé des tissus mammaires et sur la posture. La deuxième erreur fréquente est d’acheter de la lingerie de grossesse en grande surface ou sur Internet, sans se faire mesurer. La taille de soutien-gorge pendant la grossesse ne se devine pas : elle se mesure, et elle change. Un centimètre de différence de tour de cage change la taille du soutien-gorge. Je recommande systématiquement de se faire mesurer par une vendeuse spécialisée dans les boutiques de maternité ou dans les rayons lingerie de maternité des grandes maternités. La troisième erreur concerne les culottes : beaucoup de femmes achètent des culottes « de grossesse » taille unique en polyester fin qui se détend rapidement et ne tient pas en place. Ça semble économique mais c’est inconfortable et peu durable. Je préfère recommander d’investir dans cinq ou six bonnes culottes en coton bio, bien ajustées, qui dureront toute la grossesse et les semaines de post-partum.


Journaliste : Des conseils spécifiques sur la culotte de grossesse ? Coupe, hauteur de taille, matières — qu’est-ce qui fait vraiment la différence ?

Claire Morel : La culotte de grossesse est souvent négligée par rapport au soutien-gorge, alors qu’elle est tout aussi importante pour le confort quotidien. Le premier critère est la hauteur de taille. Il existe deux philosophies : la culotte qui passe sous le ventre — généralement une coupe hipster ou bikini à taille basse — et la culotte qui enveloppe le ventre en bandeau extensible. Je recommande les deux, mais à des moments différents. La coupe sous le ventre est idéale au premier et deuxième trimestre, quand le ventre n’est pas encore très rond et que le bandeau peut être inconfortable. La culotte enveloppante avec maintien abdominal est en revanche très appréciée au troisième trimestre, car elle soutient doucement le ventre et peut soulager les douleurs ligamentaires. Le deuxième critère est la matière. Je l’ai déjà dit : coton bio en priorité, bambou en alternative. La culotte de grossesse est portée toute la journée, parfois pendant les périodes de pertes vaginales augmentées qui sont normales pendant la grossesse. Une matière respirante et facile à laver à 60° est essentielle. Le troisième critère est la coupe. Évitez absolument les culottes avec une bande en dentelle ou en élastique serré qui laisserait des marques sur le ventre ou sur les cuisses. Les coutures doivent être plates ou idéalement absentes. Les jambes doivent être larges et sans élastique agressif. Enfin, prévoyez un ou deux tailles au-dessus de votre taille habituelle — ou choisissez des modèles avec des tailles indicatives pour les semaines de grossesse, que certaines marques proposent.

Soutien-gorge d'allaitement et culotte de grossesse en coton naturel sur table en bois, préparation trousseau maternité
Le trousseau de maternité idéal selon Claire Morel : deux à trois soutiens-gorge d'allaitement et plusieurs culottes en coton bio

Post-partum : soutiens-gorge d’allaitement précoces et gaines abdominales

Journaliste : Vous avez évoqué les soutiens-gorge d’allaitement. Peuvent-ils vraiment être portés avant l’accouchement, dès la fin de la grossesse ?

Claire Morel : Oui, tout à fait, et c’est même ce que je recommande à mes patientes à partir du 8e mois. Les soutiens-gorge d’allaitement modernes sont conçus pour être confortables dès la grossesse et fonctionnels après l’accouchement. Ils partagent toutes les caractéristiques d’un bon soutien-gorge de maternité : absence d’armatures, bonnets extensibles, bande élastique large, bretelles réglables et larges. La seule différence est le système d’ouverture des bonnets, qui ne gêne absolument pas pendant la grossesse — au contraire, il permet d’aérer facilement les mamelons, ce qui peut soulager les femmes qui ont des mamelons douloureux en fin de grossesse à cause des contractions de Braxton-Hicks et des préparatifs mammaires. D’un point de vue pratique, acheter directement des soutiens-gorge d’allaitement au 8e mois est une approche très sensée : vous évitez de dépenser pour des soutiens-gorge de grossesse qui ne serviront plus quelques semaines après l’accouchement. Je conseille généralement d’en acheter deux ou trois au 8e mois, dans une taille prévoyant une augmentation d’un bonnet pour la montée de lait. Si l’allaitement ne se passe pas ou si la poitrine dépasse les prévisions, il sera toujours possible d’en racheter après l’accouchement, une fois la morphologie stabilisée.


Journaliste : En post-partum, on entend souvent parler de culottes gainantes ou de ceintures abdominales pour retrouver une silhouette plus vite. Qu’est-ce que vous conseillez, et y a-t-il des risques ?

Claire Morel : Il y a effectivement des risques réels à porter des culottes gainantes ou des ceintures abdominales trop tôt après l’accouchement, et c’est un sujet sur lequel je dois régulièrement recadrer les attentes de mes patientes. Dans les six premières semaines qui suivent l’accouchement — qu’il soit vaginal ou par césarienne — le corps est en phase de récupération active. L’utérus involue, c’est-à-dire qu’il reprend progressivement sa taille normale. Le périnée, fragilisé par l’accouchement, commence sa cicatrisation. Les muscles du plancher pelvien et les muscles abdominaux, dont le diastasis des grands droits (écartement des abdominaux) qui touche environ 40 % des femmes après l’accouchement, ont besoin de retrouver leur tonus progressivement. Porter une culotte gainante serrée dans cette période peut exercer une pression vers le bas sur le périnée, déjà fragilisé, et perturber la cicatrisation. Cela peut aussi masquer les signaux de douleur qui servent d’indicateurs importants pour la récupération. Enfin, pour les femmes qui ont eu une césarienne, la pression abdominale peut être douloureuse et contra-indiquée sur la cicatrice. Je ne dis pas que les ceintures abdominales sont mauvaises en absolu — certaines sont utiles après le bilan de rééducation périnéale, avec l’accord explicite de la sage-femme. Mais cette autorisation doit venir après l’évaluation à six semaines, pas avant. La priorité absolue du post-partum immédiat est la rééducation périnéale, pas la galbe abdominal.


Ressources fiables et conseil final

Journaliste : Comment vos patientes peuvent-elles compléter vos conseils avec des ressources fiables ? L’information sur Internet est souvent contradictoire sur ces sujets.

Claire Morel : C’est une vraie difficulté, et je comprends que mes patientes se retrouvent désorientées face à la multitude d’informations contradictoires disponibles en ligne. Il y a des sites commerciaux qui présentent des conseils « médicaux » en réalité orientés pour vendre des produits, et des forums de mamans où les expériences individuelles, aussi précieuses soient-elles, ne peuvent pas se substituer à des recommandations cliniques fondées sur des preuves. Mon premier conseil est toujours de prioriser les sources institutionnelles et médicales : les sites des sociétés savantes françaises d’obstétrique, les recommandations de la Haute Autorité de Santé sur le suivi de grossesse, et les ressources proposées par les professionnels de santé eux-mêmes. Pour les questions de santé féminine globales — pas uniquement la lingerie, mais aussi la nutrition, les douleurs pelviennes, la rééducation périnéale — je recommande à mes patientes de consulter les ressources complètes sur l’endométriose et la santé féminine, qui proposent des contenus rédigés avec rigueur et accessibles à toutes. Ensuite, je leur conseille de noter leurs questions au fil des semaines et de les poser directement lors de leurs consultations prénatales. Les sage-femmes libérales comme moi sont disponibles pour répondre, et une consultation n’est pas uniquement réservée aux urgences : elle peut aussi servir à clarifier des doutes sur des sujets pratiques comme la lingerie, la posture au travail ou l’alimentation. Enfin, les préparations à la naissance en groupe, que je propose à mon cabinet, sont aussi l’occasion d’échanger avec d’autres futures mamans sous l’encadrement d’un professionnel — ce qui permet de contextualiser les expériences individuelles. Sur les liens entre bien-être corporel, confiance en soi et rapport à la lingerie, les ressources d’écoute et communication autour du corps féminin proposent un regard complémentaire à celui du professionnel de santé.


Journaliste : Pour conclure cet entretien, quel serait votre conseil le plus important — celui que vous aimeriez que toutes les futures mamans retiennent, même si elles n’en retiennent qu’un seul ?

Claire Morel : Si je devais transmettre un seul message, ce serait celui-ci : écoutez votre corps, et n’attendez pas d’avoir vraiment mal pour agir. La grossesse est une période de transformations corporelles profondes, et notre culture valorise souvent la femme enceinte qui « supporte » et « gère » sans se plaindre. Mais supporter une lingerie inconfortable parce que « ce n’est que pour quelques mois » ou parce qu’on ne veut pas dépenser pour des vêtements qui ne serviront pas éternellement, c’est une fausse économie — autant économiquement qu’en termes de santé. Un bon soutien-gorge de grossesse bien adapté prévient des douleurs dorsales parfois invalidantes. Une culotte confortable qui ne comprime pas contribue au bien-être général et à la qualité du sommeil. Ces petits gestes d’attention envers soi ne sont pas du luxe : ce sont des actes de soin. Je recommande à toutes mes patientes de lire notre guide complet sur la lingerie de maternité pour avoir une vision complète des options disponibles, et de consulter aussi les conseils sur la lingerie grande taille pendant la grossesse si leur morphologie l’exige — parce que les corps de femmes enceintes sont infiniment variés et que chacun mérite une réponse adaptée. Et surtout : n’hésitez pas à en parler avec votre sage-femme. Nous sommes là pour ça, pour toutes ces questions pratiques du quotidien, pas seulement pour les grandes décisions médicales.


Camille Vasseur a rencontré Claire Morel dans son cabinet « Naissance & Bien-être », au 12 rue de la Part-Dieu, Lyon 3e. Claire Morel reçoit sur rendez-vous pour les suivis de grossesse, les préparations à la naissance individuelles et collectives, et les bilans post-nataux.

Questions fréquentes

Oui, la lingerie sans coutures est souvent plus confortable pendant la grossesse car elle élimine les points de friction sur une peau rendue plus sensible par les changements hormonaux. Les matières sans coutures sont généralement fabriquées en microfibres très extensibles qui s'adaptent en douceur aux changements de volume sans comprimer les tissus. C'est particulièrement apprécié pour les culottes et les bodies.
Oui, tout à fait. Les soutiens-gorge d'allaitement peuvent être portés dès le 8e mois de grossesse. Ils offrent les mêmes avantages qu'un soutien-gorge de maternité (sans armatures, bonnets évolutifs, bande élastique) avec en plus la fonctionnalité des ouvertures d'allaitement. C'est une option économique car elle anticipe les besoins post-partum.
Oui, il y a des risques à porter une culotte gainante trop tôt après l'accouchement. Dans les 6 premières semaines, le périnée et les muscles abdominaux ont besoin de récupérer naturellement. Une gaine trop serrée peut exercer une pression sur le périnée fragilisé et retarder la rééducation. Il vaut mieux attendre l'accord de sa sage-femme après le bilan post-natal.
La sage-femme est une interlocutrice idéale pour orienter les choix de lingerie pendant la grossesse car elle connaît précisément l'évolution physiologique de la poitrine et du ventre. Elle peut mesurer la taille de soutien-gorge à différentes étapes, conseiller sur les coupes adaptées à une morphologie spécifique et alerter si une lingerie inadaptée crée des problèmes (marques de compression, irritations, mastite).
Les matières synthétiques pures (polyester, nylon) sont à limiter pendant la grossesse car elles retiennent la chaleur et favorisent la macération, augmentant les risques d'irritations et d'infections. En revanche, certaines microfibres modernes incorporent des traitements respirants et antibactériens qui les rendent plus acceptables. L'idéal reste les matières naturelles : coton bio, bambou, modal, soie.
Une ceinture de soutien lombaire peut être portée dès que vous ressentez des douleurs dans le bas du dos ou des douleurs pelviennes, généralement à partir du 2e trimestre. Elle aide à soulager la pression exercée par le ventre qui grossit sur la colonne vertébrale et les articulations sacro-iliaques. L'indication et le type de ceinture doivent être validés par votre sage-femme ou votre médecin.